UN OUVRAGE DE 379 PAGES LUI A ÉTÉ CONSACRÉ L’homme, le militant, l’intellectuel Préfacé par le professeur émérite Abdeldjalil Temimi, la publication s’ouvre sur l’homme, l’intellectuel et le militant que fut Ahmed Taleb El Ibrahimi. Salim BOUKELLA Décédé le 5 octobre 2025, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Ahmed Taleb El Ibrahimi était bien plus qu’un grand commis de l’État. Intellectuel rare, militant de la première heure, homme de dialogue en politique et infatigable penseur à travers ses écrits, l’homme est ainsi pluriel, pourrait-on dire. Pluriel par ses nombreuses vies et autant d’expériences humaines d’où il a tiré sa sagesse légendaire et y a mis toute sa passion militante, intellectuelle et de fin observateur d’un peuple qu’il a fidèlement servi et d’une nation dont il contribua à sa renaissance après une longue nuit coloniale. Ahmed Taleb El Ibrahimi, c’est tout cela. Toutes ses œuvres, ses expériences politiques, militantes et humaines ont été collectées dans un ouvrage de 379 pages édité par la Fondation Temimi pour la Recherche scientifique et l’Information. Cette organisation tunisienne indépendante témoigne ainsi de la dimension de cet Algérien qui a laissé à son peuple, à sa nation et à la société humaine, un legs précieux disséqué par un grand nombre de personnalités, dont certains l’ont connu, à l’image du directeur de L’Expression Ahmed Fattani et de l’ancien secrétaire général du ministère de la Défense nationale, Rachid Benyelles, ou encore des universitaires que le parcours du défunt a fortement intéressés. En tout état de cause, le lecteur appréciera la profondeur des écrits qui ont abordé toutes les facettes de la vie de Ahmed Taleb El Ibrahimi. Préfacée par le professeur émérite Abdeldjalil Temimi, la publication s’ouvre sur l’homme, l’intellectuel et le militant que fut Ahmed Taleb El Ibrahimi. L’auteur de la préface trace le portrait d’un Algérien d’exception qu’il n’hésite pas à lui accorder le statut de « modèle marquant de l’intellectuel ayant su conjuguer travail intellectuel et pratique politique en Algérie, aussi bien durant la période coloniale qu’après l’indépendance ». À travers une description assez fine et bien menée, Abdeldjalil Temimi donne le ton à un ouvrage complet qui aborde l’homme dans toutes ses dimensions. Sa vie estudiantine et militante, en France sous la colonisation, a fait l’objet d’un long article du chercheur tunisien, Jamel Hajji, chercheur tunisien. On y reviendra en guise de résumé qui renvoie à une période intense de la vie de Ahmed Taleb El Ibrahimi, dont il suit la trajectoire, dans les années 50 illustre le processus de politisation d’une génération d’intellectuels algériens face à la colonisation. Là aussi, l’homme est au centre d’une séquence importante de la vie de la nation et y a joué un rôle central dans la sphère des intellectuels algériens. Mais il n’était pas un intellectuel coupé, puisque à l’indépendance du pays, l’universitaire et chercheur algérien, Loubla Bechetoille, voit dans la vie d’État du défunt une leçon de souveraineté. Ainsi, l’universitaire a souligné dans son article que l’homme « n’a laissé ni parti structuré, ni doctrine figée. Il a laissé une manière d’être au pouvoir sans s’y confondre, une manière de servir l’État sans l’approprier, une manière de se retirer sans renier ». Et c’est tout à fait vrai, en ce sens que dans une époque dominée par la rapidité et la surenchère verbale, son parcours apparaît comme un rappel discret, mais essentiel : la souveraineté ne se proclame pas, elle se pratique. Et elle commence toujours par la discipline de soi. Ahmed Taleb El Ibrahimi étaient prioritairement mûs par l’activité militante au service de l’État, du peuple et de l’idéal démocratique. C’est l’une des conclusions que l’on peut avoir à la lecture du témoignage de Rachid Benyelles, ancien secrétaire général du ministère de la Défense nationale qui, dans une contribution intitulée « une amitié vieille d’un demi-siècle ». Dans une longue contribution où le général de l’ANP raconte une édifiante expérience auprès du défunt, il rappelle notamment, qu’il vivait dans une espèce de douce quiétude, malgré la grande tension qui régnait dans le pays depuis quelque temps déjà, avant les événements du 5 octobre 1988. Enfin, un éditeur français, Thomas Sibille, qui a bien connu le défunt, le résume en deux phrases. « Certains hommes ne vivent pas pour les fonctions qu’ils occupent, mais pour les principes qu’ils incarnent. Et chez lui, l’esprit du militant n’a jamais quitté la profondeur de sa pensée. Il a agi en homme de pensée et pensé en homme d’action. » Sans commentaire. S. B.